Le mot « fraude » sert à tout. Il désigne aussi bien un réseau organisé de fausses ordonnances qu'un trop-perçu de bonne foi, un examen prescrit deux fois ou un médicament jeté. Ces quatre réalités n'ont ni les mêmes montants, ni les mêmes remèdes. Les confondre, c'est se condamner à ne traiter aucune d'elles.
Intentionnelle, structurée, souvent en réseau. Faux professionnels, facturations fictives, trafics de médicaments. C'est la seule qui relève du pénal, et c'est elle que nous visons en premier.
Des sommes versées à tort, par erreur de déclaration ou de calcul, sans intention de tromper. Elles se corrigent, elles ne se punissent pas.
L'usage excessif d'un droit réel : arrêts prolongés sans motif, prescriptions de complaisance, consommation de soins hors de proportion. Une question de règles et de contrôle médical.
Ni fraude ni abus, mais de l'argent perdu : examens redondants, médicaments non utilisés, actes évitables. Une question d'organisation, pas de sanction.
Officiel, estimation, contestation, évaluation, détection, recouvrement : chaque mot désigne un chiffre différent, et chacun est brandi comme s'il était le seul. Voici les mêmes chiffres, remis à leur place. Ce qui émerge est petit. Ce qui est sous l'eau est immense, et personne n'en connaît le contour exact.
Ce que l'État recouvre représente un vingtième de ce qu'il évalue. Sources et degrés de confiance de chaque chiffre dans la page Sources et fiabilité.
Et pour dessiner cette carte approximative, on dépense chaque année des centaines de milliers d'euros, parfois des millions, en sondages d'estimation et en contrôles par échantillon. On paie pour savoir à peu près combien on perd, au lieu de payer pour cesser de perdre.
Un iceberg n'a jamais coulé un navire dont l'équipage veillait. La fraude non plus. Ce qui menace, ce n'est pas la masse de glace, c'est l'état du bateau.
On annonce des dizaines de milliards de gains sans jamais dire lesquels, ni comment. Une promesse sans cap est une dérive assurée.
Des contrôleurs dévoués, mais trop peu nombreux, armés de règles d'un autre siècle face à des réseaux qui changent d'adresse en une nuit.
Chaque euro fraudé est un euro qui manque au soin. Les déserts médicaux et la fraude sont les deux faces d'une même pièce : l'argent est là, il n'arrive pas où il faut.
Pas pour promettre des milliards. Pour installer, enfin, l'outil qui change la nature du problème.
Comme pour la carte Vitale intelligente, il faut passer d'une logique de constat à une logique d'action. Un agent d'intelligence artificielle, branché sur les flux de facturation, qui travaille en continu et non par sondage annuel. Trois verbes, dans cet ordre.
Repérer les anomalies au moment où elles se produisent : un professionnel qui facture plus d'heures qu'une journée n'en compte, une ordonnance présentée dans trois pharmacies, un assuré soigné à deux endroits le même jour.
Suspendre le paiement litigieux avant qu'il ne parte, et non des mois après. C'est là que se joue la différence entre recouvrer un vingtième et recouvrer l'essentiel.
Automatiser la mise en recouvrement des sommes établies, avec un dossier déjà constitué pour la justice quand il s'agit de fraude organisée.
Nous refusons les promesses de dix ou quinze milliards que d'autres agitent. Elles reposent sur les chiffres sous l'eau, ceux que personne n'a démontrés. Nous préférons un objectif tenable, vérifiable chaque année, et réinvesti intégralement dans l'accès aux soins.
Trois garanties : aucune suspicion des malades ni des plus pauvres, une intelligence artificielle dont chaque signalement est explicable, et une décision finale qui reste humaine. Un agent qui dépiste n'est pas un juge, c'est un vigile.
Chaque euro repris à la fraude organisée est un euro rendu au soin. C'est la même campagne, du cabinet au Sénat.